L’art, qu’une définition élémentaire et sommaire tend à présenter comme une activité destinée à produire du beau, peut, à ce titre, passer pour superflu en regard des besoins élémentaires auxquels tout homme doit, pour sa survie, nécessairement répondre.

Sa permanence et sa polymorphie au cours de l’histoire humaine invite cependant à reconsidérer cette conception et à envisager l’art comme l’expression d’un besoin de transcendance bien plus fondamental qu’il n’y paraît.

C’est en ces termes qu’il importe de revenir aux pensées fondamentales de l’Esthétique afin de voir, notamment, évoluer la notion même de « beau ».

S’il est admis depuis  Charles Darwin, que l’homme et l’animal partagent une filiation commune, qui, d’un point de vue physique et physiologique, replace l’humanité au cœur de l’animalité, bien des résistances se font encore sentir dès lors qu’il s’agit d’établir une parenté psychique. Au-delà de cette résistance motivée par le besoin de conserver une ultime distinction, pour ne pas dire distance, entre l’homme et l’animal, se profile, semble-t-il,  la volonté de maintenir l’Animal dans un état de non-droit propice à sa réification puis son utilisation.

Qu’en est-il vraiment ? Cette différenciation, repose-t-elle sur une différence suffisamment fondamentale pour que la souffrance, possible dénominateur commun de tout être vivant, soit occultée au profit d’une liberté absolue de l’homme vis à vis de l’animal ?

Inscrite au cœur de la réflexion contemporaine sur la place de l’homme dans la nature, cette question est une invitation à repenser l’histoire de la relation unissant l’homme au vivant et à l’animal, ainsi que la légitimité de toute morale, dont l’humanisme confinerait à l’anthropocentrisme.